DevFestNantes 2018 – Un petit pas pour le développeur, un grand pas pour l’humanité !

Auteur

Guillaume

Date

27/11/2018

Cette année, le DevFest de Nantes a mis l’accent sur l’humain ! De la modélisation de nos personas à l’intelligence artificielle compatissante en n’oubliant pas l’importance de faciliter l’intégration des femmes dans l’écosystème numérique, on peut dire que le programme fût doté d’une tendance People First ! Les langages et outils sont encore bien présents dans les sujets mais sont dorénavant plus perçus comme des supports de cette nouvelle vision: celle où nous construisons des outils numériques pour les humains !

Le thème de la conférence était l’Espace avec un grand E ! Je vous propose donc d’être votre guide pendant ces 10 prochaines minutes pour effectuer un voyage interplanétaire dans l’univers numérique où ses occupants tentent de réconcilier des êtres humains avec leurs amis siliciés.

 

Commençons tout d’abord par découvrir ce qu’un hacker peut nous proposer pour aider les territoires à gérer les situations de risque en cas de catastrophe naturelle.

C’est Gaël Musquet qui nous accueille pour nous faire découvrir son métier : spécialiste en gestion de crises et sa passion : le radio-amateurisme.

 

Aujourd’hui la gestion des catastrophes naturelles est bien trop axée sur l’après et trop peu sur l’avant et surtout le pendant ! Nos outils numériques sont très dépendants d’une planète où tout va pour le mieux.

 

En Septembre 2017, les Antilles font face à Irma un ouragan de catégorie 5. Les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy sont durement touchées : plus d’eau, plus d’électricité et un isolement des populations car les communications sont coupées. Les évacuations sont désorganisées, des mouvements de panique accentuent les difficultés. A la catastrophe naturelle s’ajoutent des catastrophes technologiques.

 

Quel est le nerf de la guerre dans une telle situation : la solidarité et la prise de décision rapide. Mais l’une comme l’autre ont besoin d’informations solides et fiables: il faut pouvoir communiquer et comprendre la situation environnante avant d’agir. Quels sont les ressources disponibles, qu’est-ce que le cataclysme a abîmé au niveau des infrastructures et des habitations ? Faut-il évacuer ? Vers quelle direction ? Où sont les refuges ? Qui est prioritaire ?

 

Les solutions existent lorsque l’électricité est coupée et que l’on ne dispose que de batteries portables : les ondes radio. Elles permettent de communiquer sur plusieurs centaines voir milliers de kilomètres et transmettre des messages d’avertissement et de recommandations utiles. Et c’est là qu’interviennent les radio-amateurs qui servent de relais et aident à la mise en place des plans d’urgences dont ils ont souvent la connaissance. L’un des piliers du radio-amateurisme est la fraternité et c’est cette qualité très humaine qui permet aujourd’hui d’associer gestion de crise et technologie là où lorsqu’une catastrophe survient, elle est accompagnée d’un blackout partiel voire total.

Nous avions déjà rencontré Gaël Musquet, il y a quelques mois lors du Web2Day 2018. Après avoir passé presque 1h30 sur son stand à l’écouter nous décrire comment il mélangeait le White Hat Hacking, les ondes radios, l’électronique, la gestion de crise, l’astronomie, l’éducation de ses enfants, de ses concitoyens, sa participation civile dans l’armée de l’air… Nous avions l’impression soudaine d’avoir devant nous une personne qui, à seulement 38 ans, a déjà vécu 5 vies en 1 mais surtout d’avoir rencontré l’un de ces Hommes qui œuvre à changer positivement la société. Aujourd’hui, il semble que ce sentiment se confirme car Gaël vient d’être décoré chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Des catastrophes naturelles, nous nous tournons vers les risques technologiques prophétisés. Nous quittons ainsi le vide et ses ondes pour atteindre un territoire semble-t’il menacé : la planète Dev. Il parait que des IA seraient prêtes à les anéantir en s’accaparant leur principale raison d’exister : le code ! Deux de leur valeureux soldats Nicolas Greffard et Tanguy Gasselin se mettent en quête de cette IA afin de mieux la comprendre et se défendre !

C’est armés de l’une des plus fidèles réussites des développeurs, j’ai nommé le jeu Pacman, que Nicolas et Tanguy commencent leurs investigations. Rapidement, on se demande comment quelque chose d’aussi binaire qu’un ordinateur serait capable de reproduire ce monument vidéoludique.

Tous les domaines du jeu sont passés au crible : les règles, les environnements et niveaux, les comportements des adversaires et même la génération des sprites. Et l’ennemi est étudié sous toutes ses compétences : classification, arbres de décision (l’algorithme Random Forest, star de ce type), réseaux de neurones, algorithmes génétiques (et oui, le Darwinisme s’applique aussi aux ordinateurs) et les Generative Adversial Network (GAN). Si vous ne connaissez pas ces derniers, sachez qu’ils sont aux machines ce que le rêve est aux humains.

 

Récemment, un réseau antagoniste génératif (GAN) a généré un tableau qui fût vendu plus de 400 000 $. Un autre a réussi l’effrayant exploit de générer une empreinte universelle qui pourrait déverrouiller jusqu’à 76% des smartphones. Les progrès en IA et son champ d’utilisation pourraient à nouveau subir une belle avancée; ils promettent de rendre nos machines un peu plus proche de nos cerveaux en termes d’adaptation à leur environnement.

 

Le résultat obtenu, même s’il est loin d’être parfait sur la génération des sprites de Pacman et des fantômes, est néanmoins assez bluffant!

 

Si les machines sont finalement capables de reproduire des algorithmes de règles de jeu, des dessins ainsi que des comportements de joueurs réels, cette guerre n’est-elle pas perdue d’avance pour les humains ?

 

Contre l’avis prévalant, c’est sur cette opposition qu’il faut rentrer en guerre car même si les IA semblent faire “aussi bien” que nous, la nuance est encore suffisante pour que nous choisissions de les conserver comme des alliés plutôt que comme une menace. Elles peuvent nous permettre, en tant qu’outil, de nous concentrer sur notre valeur ajoutée : notre flexibilité, notre polyvalence et notre extraordinaire complexité intellectuelle dont les contours sont à peine connus et les détails bien trop flous.

Reprenons notre voyage et faisons, cette fois, une petite escale vers la planète Google et celle des assistants vocaux. Vous les connaissez sûrement sous leur nom courant : Alexa, Siri, Cortana, Google (Home)… Ils entrent dans nos vies personnelles et sont présents au quotidien; ils nous permettent de choisir nos vêtements le matin en fonction de la météo, nous proposent de la musique calme quand nous sommes fatigués, nous informent des actualités, contrôlent le niveau de lumière dans notre maison, la température idéale, etc.

 

Mais qui sont-ils réellement ? Comment se fait-il que certains nous paraissent si “humain” ? C’est ce que Aygul Zagidullina (Google Developer Expert) nous propose de découvrir et de réappliquer par la suite.

Revenons un peu aux objectifs des interfaces vocales. Ils sont les mêmes que pour une application mobile ou web. Au delà de la qualité et de l’utilité du service, nous cherchons à engager nos utilisateurs. Traditionnellement, nous jouons avec la couleur, la typographie, les logos dans nos interfaces graphiques mais avec les interfaces vocales, nous devons utiliser d’autres vecteurs de communication. La voix est ainsi un formidable outil pour générer une connexion émotionnelle. Songez à la dernière conversation téléphonique que vous avez eu avec une personne étrangère. Que fait votre cerveau de manière automatique ? Il va inférer l’âge de votre interlocuteur, son sexe, son niveau d’éducation, ses sentiments (joie, peur, gentillesse, agressivité) … Notre cerveau va immédiatement générer un environnement émotionnel propice ou non à l’échange qui va suivre.

 

L’idée est de s’appuyer sur différentes étapes pour définir notre interface vocale et lui donner vie. Il faut lui créer un persona pour lui donner une consistance, un caractère, des émotions qui en feront une entité à part entière que nous allons chercher à humaniser et avec laquelle nous serons plus prompt à communiquer. Cette mise en place nous permettra de définir ce que seront les leviers de notre marque/produit/service : respect, confiance, amusement, curiosité …

 

Dans la recherche des émotions que notre Persona va devoir communiquer, il faut un instant choisir entre les 2 techniques à disposition permettant de générer des retours d’interaction: le Text-to-Speech ou le Voice-Recording (la synthèse vocale ou l’enregistrement de voix humaines). L’un des exemples d’échec le plus marquant que j’ai pu constaté est le récit d’une blague par un assistant vocal. Avez-vous entendu comme la synthèse vocale peine à reproduire les codes qui font qu’une blague est drôle ? Elle représente ici cette interface générique qui vous permet, 80% du temps, de répondre aux situations courantes, a l’instar d’un framework Web pour faire du CRUD. Mais lorsqu’il s’agit de jouer sur la prosodie du discours, sur les silences ou les nuances – autant d’armes utiles pour raconter une histoire – ainsi que jouer un rôle ou simplement communiquer une émotion, rien n’égale la voix humaine et le cerveau biologique qui la contrôle. Cependant, le Voice-Recording est plus compliqué à mettre en œuvre et beaucoup moins modulable pour créer une diversité d’expérience mais il a cet avantage de reproduire fidèlement toutes les composantes de l’émotion véhiculée par un discours.

 

In fine, les mêmes étapes de définition du persona seront utiles entre interface mobile/web et interface vocale mais la déclinaison ne sera pas la même.

Notre quête des humains se poursuit tout en restant dans le domaine des interactions homme/machine et c’est Manon GRUAZ et Samantha BILODEAU (en duplex du Canada), toutes deux de la société ElementAI – spécialisée en Intelligence Artificielle – qui nous apprennent à rendre nos Bots compatissants.

Interagir de manière constructive avec un humain demande avant tout d’être empathique, de prendre en compte qui est notre interlocuteur : d’où vient-il, comment sa journée a-t’elle débuté, comment se sent-il à propos de son projet et quels sont les indices dont nous disposons pour adapter notre discours ?

 

Que nous en ayons conscience ou non, la machine est froide, elle est bourrée de préjugée. La preuve : elle est capable de nous profiler sur la base d’une vision très limitée de notre personne, quelques caractéristiques, un profil, parfois rempli à 50%, des données de tracking et hop, elle prend une décision dont la portée peut fortement nous impacter. Elle peut par exemple nous empêcher d’avoir accès à un prêt immobilier, d’avoir une mutuelle à un montant acceptable, de prendre les transports dans certains pays… Sommes-nous exactement et uniquement ce que nos actions dans le monde numérique laissent transparaitre ?

 

Nous passons une majeure partie de notre temps de formation sur les fameux Soft-skills afin d’apprendre à interagir avec nos collègues, à gérer une équipe donc gérer des conflits, savoir motiver, accompagner, former … Ne devrait-il pas en être de même avec ces bots et assistants personnels qui commencent à nous accompagner au quotidien et qui deviennent, en quelque sorte, nos nouveaux collègues virtuels? Imaginez un bot Slack capable de transformer une journée morose en journée égayée, capable de comprendre quand nous sommes les plus réceptifs à une information importante qui ne doit pas être manquée.

 

La réponse de Manon et Samantha ? Le #CompassionFirst Design !

Notre voyage s’achève sur la terre où un phénomène étrange subsiste encore en 2018 : la présence de la femme dans les métiers numériques est faible, très faible. C’est ainsi qu’Alex Qin a osé se raser la tête pour modifier l’image qu’elle renvoyait à ses congénères masculins et faire en sorte qu’ils la voient comme ce qu’elle est : une développeuse ! Et Alex est bien plus car elle met toutes ses compétences, sa passion pour la programmation et le numérique, au service des autres. Elle est en effet à la tête d’une coopérative, appelée COOP, qui forme des personnes incarcérées aux États-Unis aux métiers du numérique.

Il est curieux de voir comme tout un milieu qui, il y a peu encore, était considéré un peu en marge d’une société à l’apparence sociale “parfaite” et uniforme, peut aujourd’hui se retrouver dans la même dynamique vis-à-vis des femmes en leur rendant son accès difficile et parfois parsemé d’embûches.

J’effectue enfin un dernier clin d’œil à Sarah Haim-Lubczanski et Cécilia Bossard car si seulement 10 % des femmes constituent aujourd’hui les agenda des conférences techniques en France, il semble évident que sur les 5 pour lesquelles j’ai eu un intérêt humain particulier lors de cette instance, 3 ont été données par des femmes ! Serait-ce ainsi qu’à représentation bien inférieure, elles ont réussi le pari d’être plus présentes dans mon esprit ? Est-ce juste moi ou est-ce partagé ?

 

Ce DevFest a été pour moi l’occasion de découvrir un autre aspect de notre écosystème où une nouvelle ère semble se dessiner : celle de la collaboration Homme/Machine et celle de l’humain en premier !

CRÉONS ENSEMBLE !

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